Le cancer est une épreuve – ou plutôt une série d’épreuves – dramatique. Difficile à vivre. Mais même dans les pires moments de la maladie, même face à la fatalité de cet engrenage dans lequel tu es entraîné, il te reste une liberté. Une liberté absolue: celle de choisir comment tu vas vivre les choses.

En toute franchise, j’ai hésité longtemps avant d’écrire ce post-ci. Parce que si je peux réfuter les critiques du style « tu ne sais pas de quoi tu parles » (ben si, mon grand, j’ai aussi un cancer), il est plus difficile de ne pas sembler prétentieux. Ce n’est pas ce que je suis, ni ce que je veux. J’ai juste envie de t’apporter une petite lueur d’espoir.

Chercher les enseignements

Allez, zou! Je lâche encore un gros mot: bouddhisme. Je ne suis pas bouddhiste, même si beaucoup d’éléments du bouddhisme (et du védantisme hindou) me parlent. Il n’en reste pas moins que le bouddhisme m’a beaucoup aidé, et continue à m’aider au quotidien à travers ce cancer. En tout cas, j’aime à penser que c’est une attitude bouddhiste qui me guide. Mais on peut l’appeler autrement, peu importe. Je sais que certains chrétiens pensent que « Dieu ne nous éprouve jamais au-delà de nos forces ». Quoi qu’il en soit, ma philosophie tient en trois phrases:

« Les événements ne sont négatifs que parce que nous les laissons le devenir. Chaque épreuve, si pénible soit-elle, contient en elle de précieux enseignements qui nous feront progresser. C’est à nous de les chercher. »

Présenté autrement, on pourrait dire: ce cancer est là. Il partira s’il le veut (ou si les médecins trouvent la parade), mais c’est arrivé. Je n’ai aucun contrôle, je ne peux pas le faire disparaître d’un claquement de doigts. Alors, puisqu’il est là, que peut-il m’apporter? Comment peut-il m’aider à devenir un meilleur moi-même?

Tu vas me dire « ok, c’est bien joli, mais c’est pas facile. Comment on fait? »

Accepter l’inévitable

En fait, c’est moins difficile que ça en a l’air. Si tu regardes les choses avec un peu de détachement, tu ne peux pas nier que le cancer est arrivé, et que tu n’as pas le pouvoir de remonter dans le temps et de l’empêcher de s’immiscer en toi. C’est comme ça. La première étape est de t’habituer à cette idée. Le cancer est là, point. Tu peux vouloir tout ce que tu veux, prier tous les dieux possibles et imaginables, il ne partira pas. Enfin, pas tout de suite, en tout cas. Je vais même aller un peu plus loin, au risque de te choquer: à terme, soit il partira tout seul, soit il t’emportera avec lui.

Alors, on est bien d’accord: tu vas tout faire (et moi aussi) pour avoir le dessus. Je ne prône pas le défaitisme. S’asseoir dans un coin et pleurer ne rendra pas les choses meilleures. Mais pourquoi ne pas rire, ou ne pas sourire? Après tout, il nous reste du temps. Et les obstacles sur notre route (chimios, opérations, radiothérapies, rechutes…) nous laissent des moments de répit. Et même à l’intérieur de ces difficultés, il y a des périodes de calme, des petites oasis de paix.

Faire de la limonade

Il ya un proverbe américain que j’adore: « When life hands you a lemon, make a lemonade ». Si la vie te passe un citron, et bien fais-en de la limonade. C’est vraiment l’idée ici. Une fois que tu as accepté ton citron (je veux dire ton cancer), tu peux aussi réfléchir à ce que cette épreuve t’apporte.

Je vais partir de mon propre exemple pour illustrer ça. Je me suis rendu compte assez vite qu’un truc qui me stressait beaucoup au moment où j’imaginais que j’allais en mourir, c’était l’idée de mourir avec des dettes. J’ai toujours été un peu dépensier, et j’ai aussi souvent puisé dans mes réserves personnelles pour soutenir le développement de ma petite boîte de content marketing. Et bien, voilà ma première leçon; j’ai dû faire face à cette réalité, à ce manque de finances. Heureusement, sur le court terme, ma famille et mes amis m’ont soutenu, et je leur en suis reconnaissant. Mais je me suis rendu compte que tout ça était un avertissement. Et qu’une des leçons que j’allais devoir retirer de ce cancer, c’est l’acceptation de ma situation financière et le fait de poser les premiers jalons pour l’assainir.

Je me suis aussi rendu compte que le temps m’était précieux, et que je le gaspillais en futilités. Mais comme la maladie me vole beaucoup de mon temps – les visites trop régulières à l’hôpital, la récupération de la chimio, les séjours à l’hôpital pour me faire opérer, la convalescence des opérations. J’ai commencé, poussé par cet aiguillon-là, à mettre en place des techniques de gestion de mon temps, mais aussi de mon énergie, afin d’en garder un maximum pour moi et de l’utiliser au mieux.

Ce ne sont que deux exemples, j’ai encore retiré bien d’autres leçons de cette aventure. Et je suis sûr que je trouverai encore d’autres choses. J’espère en tout cas que lorsque ce cancer ne sera plus qu’un mauvais souvenir, les leçons resteront et feront de moi un homme meilleur.

C’est aussi ce que je te souhaite, toi qui me lis, malade ou proche de malade.